Confiture de méréville au poivre long & à la vanille
L’un des principes fondamentaux d’une amap consiste à refourguer à ses adhérents des fruits et des légumes embarrassants. Il n’est pas question ici des ribambelles de laitues ou des quintaux de patates qui s’abattent sur le-dit adhérent dès les premiers frimas. Non, ça, ce sont des denrées simples à exploiter, familières et rassurantes. Par “embarrassants”, il faut entendre obscurs, à l’apparence ingrate, et qui suscitent invariablement perplexité et inquiétude au moment d’en tirer quelque chose de comestible. Quelqu’un sait-il, par exemple, ce que l’on peut faire d’un chou rave, à part, bien entendu, attendre lâchement qu’il meure de sa belle mort dans les tréfonds du bac à légumes ? De toute évidence, personne. Eh bien, la courge gigérine, parfois appelée courge barbarine (il n’y a pas de mystère), est du même acabit. La seule manière de l’accommoder est de la confire longuement dans le sucre. Ce n’est qu’à ce prix qu’elle se laisse déguster, transmuée en une merveilleuse veloutine ambrée.

Pour 6 pots :
- 2 kg de pastèque à confiture pelée et épépinée (soit environ 2,5 kg avant transformation)
- 1,5 kg de sucre cristal
- 2 citrons non traités
- 1 gousse de vanille
- 3 baies de poivre long
- beaucoup, beaucoup de temps libre
La première étape est une épreuve physique : il faut, à l’aide d’un gros couteau (voire d’une machette) éventrer la courge. C’est cruel, mais c’est ainsi. C’est d’une bonne dose de patience qu’il convient de s’armer pour la suite. Parce qu’à partir de là, la réalisation de la confiture va s’étaler sur près de 48 heures. C’est toujours bon à savoir avant de se lancer dans une telle entreprise. Donc, à l’aide du couteau, tronçonner la courge, ôter la peau et les nombreux pépins. Détailler la chair en tout petits cubes (1/2 cm environ), ou confier cette tâche vraiment ingrate à quelqu’un d’autre. Peser les cubes de courge : au bout d’une heure de labeur, il doit y en avoir 2 kg. Laver les citrons et les couper en très fines rondelles, ôter les pépins. Dans une très grande sauteuse, un wok à fond épais ou une bassine à confiture, verser les dés de courge, les rondelles de citron, le sucre, les grains de poivre brisés en deux. Fendre la gousse de vanille puis la couper en 6 morceaux. Ajouter la vanille au reste de la préparation et mélanger intimement. Laisser macérer 24 heures, ou au moins une nuit.
À ce stade, la courge a rendu beaucoup d’eau. Faire cuire à petits bouillons pendant au moins 1 h 30. La préparation doit prendre une consistance sirupeuse et une couleur dorée, les dés de courge deviennent translucides. Laisser refroidir et reposer, si possible jusqu’au lendemain. Pendant ce temps, vaquer à ses occupations.
Reprendre la cuisson au moins 1/2 heure. La confiture est prête quand, déposée sur un récipient froid, elle se fige. Si ce n’est pas le cas, il faut poursuivre la cuisson. Pendant ce temps, porter un gros volume d’eau à ébullition dans une marmite ou une grande casserole et y plonger les pots ainsi que leurs couvercles. Au bout de quelques minutes, sortir les pots et les mettre à l’envers sur un torchon propre, avec les couvercles. Laisser sécher.
Mettre la confiture brûlante dans les pots, en répartissant correctement la vanille, le poivre et le citron. Fermer soigneusement les pots et les retourner, le temps que la confiture refroidisse complètement.
En Provence, la courge gigérine (ou citre), est appelée méréville.

Vincent a dit:
19 oct 09 à 23 h 26 minC’est un peu ma madeleine de Proust. Sauf que c’est pas de la madeleine, et que je ne suis pas très Proust comme mec. Bref, ça me rappelle des souvenirs. En mieux. Tu es forte, très forte…
santamaria a dit:
20 oct 09 à 22 h 44 minNe l’appelle-t-on pas aussi “courge longue de Nice “? Un beau paysan-prolétaire barbu en vend des confitures sur le stand voisin de Longo-maï au marché paysan du cours Julien ( à Marseille ). Ni poivre, ni vanille, austérité de l’extrême-gauche oblige… Mais c’est déjà une confiture de choix ! ( estampillée “travailleurs paysans”, c’est un de mes cadeaux de Noël préférés pour mes relations dans l’Internationale Capitaliste )
Nawal a dit:
21 oct 09 à 22 h 51 minJ’aime beaucoup tes Photos
Jolie atmosphère …
belle lurette a dit:
22 oct 09 à 19 h 02 minMarie,
je crois que la courge longue de Nice, c’est autre chose. Mais je ne suis pas franchement experte en cucurbitacées, alors… je crois que, dès mercredi prochain, je chercherai ardemment ton beau paysan barbu et ses confitures, et que je tâcherai de me renseigner. J’adorerais parler confiture et lutte des classes avec lui. Je te tiens au courant de l’avancée de mes recherches dans ces domaines.
belle lurette a dit:
22 oct 09 à 19 h 02 minMerci merci merci !
santamaria a dit:
22 oct 09 à 21 h 51 minN’avance pas trop, il a atteint un degré de maturité plus proche du mien que du tien ! Mais je te sais exceller aussi comme entremet-teuse…
Bonjour à l’Américaine au passage !
Julien a dit:
25 oct 09 à 22 h 38 minBénie soit l’auteure de la recette et de la confiture elle-même que j’ai eu le bonheur de goûter. C’est proprement une merveille. Avec ivresse garantie des papilles et du retour illico dans la cuisine de ma grand-mère.
ferny a dit:
31 oct 09 à 20 h 01 minj’ai acheté ma citre aux soeurs Clarisse d’Aix en Provence, ça fait pas très extrème gauche tout ça …
Marie-Laure a dit:
03 nov 09 à 14 h 25 minJe découvre ton blog qui est vraiment très joli ! Merci d’avoir participé au jeu A Vos Casseroles. J’ai ajouté ta recette : http://www.odelices.com/avc_theme_22_courges.php
belle lurette a dit:
03 nov 09 à 15 h 33 minMerci Marie Laure !
Anne (Papilles & Pupilles) a dit:
11 nov 09 à 17 h 06 minJ’ai adoré le préambule de ta recette sur les AMAP, cela m’a bien fait rire. Une super jolie recette
belle lurette a dit:
11 nov 09 à 19 h 44 minMerci, Anne ! Ce commentaire me fait terriblement plaisir !
Dorian a dit:
13 nov 09 à 2 h 16 minJe crois que je suis maintenant paré pour affronter les terribles Amap ,-)! il faudra bien ça pour trouver l’ingrédient principal de ta recette !
belle lurette a dit:
13 nov 09 à 11 h 10 minEt cette semaine, mon Amap me gratifie d’un rutabaga. C’est bien plus moche qu’un chou rave. En voyant ce truc boueux dans mon panier, j’ai eu envie de pleurer. Il faut avoir les nerfs solides pour adhérer à une Amap
jozzy-online a dit:
26 fév 10 à 6 h 22 minpourquoi pas:)