Pan bagnat
Passer l’été à Marseille (au sens géographique large, c’est à dire, grosso modo, de Carry-le-Rouet à La Londe les Maures) c’est vivifiant. À la réflexion, vivifiant n’est peut-être pas le terme idoine.
Pour se faire une idée approximative de ce à quoi ressemble un été à Marseille, le mieux est sans doute de procéder à une sorte de portrait chinois.
Si Marseille en été était (pardon pour l’inévitable paronomase) :
- une autre ville que Marseille, ça serait Manchester. Dit comme ça, ça ne semble pas logique, mais en fait, ça se tient carrément.
- une couleur, ça serait le jaune. Pas celui de l’anisette. Plus celui de la Suze. Ou du Sonaze™ Festival.
- un sport extrême, ça serait bien évidemment le claquage de talon, pratiqué en équipe ou en individuel sur n’importe quelle surface homologuée par la fédération de bad dance : sable, pelouse synthétique, carreaux de ciment peint, carrelage ultra poisseux…
- un morceau, ça serait celui-ci. Ou celui-là.
- une matière, ça serait la ouate.
- un sandwich, ça serait le pan bagnat. Mais pas n’importe lequel.

Pour un sandwich :
- ½ baguette ou 1 petit pain rond
- ½ tomate (si possible cœur de bœuf ou une autre variété ancienne)
- 1 morceau de concombre
- 1 cébette
- 1 poignée de mesclun (ou quelques feuilles de romaine)
- ½ boîte de thon (du bon)
- 3 filets d’anchois à l’huile
- 1 gousse d’ail
- 1 cuillère à soupe de crème d’anchoïade (facultatif)
- de l’huile d’olive de qualité
- du sel et du poivre
- beaucoup d’essuie-tout
Fendre le pain dans la longueur. Retirer l’excédent de mie (le plus possible, en fait. Ça libère de la place pour mettre des aliments beaucoup plus intéressants). Frotter l’intérieur du pain avec la gousse d’ail. Tartiner une des faces avec l’anchoïade. Glisser une poignée de mesclun dans le pain. Ajouter la tomate et le concombre coupés en rondelles, ainsi que la cébette émincée (avec la tige). Saler, poivrer. Faire un peu de place et garnir le pan bagnat avec les filets d’anchois coupés en morceaux et correctement répartis, puis le thon émietté. Verser un généreux filet d’huile à l’intérieur du sandwich. Essuyer l’excédent d’huile qui se sera immanquablement répandu sur le plan de travail. Envelopper le pan bagnat dans du papier aluminium. Laisser le jus des légumes et l’huile d’olive imbiber le pain.
Le mieux, c’est de déguster le pan bagnat dans une calanque, et ensuite de s’essuyer les doigts sur sa serviette de plage. Parce que, comme d’habitude, l’essuie-tout, on l’a oublié à la maison.
Merci à Julia M. pour sa contribution photo.


